CONTEXTE MACROÉCONOMIQUE ET GÉOPOLITIQUE

27 janvier 2026

Protectionnisme américain : une nouvelle donne

Contrairement aux craintes exprimées au premier semestre, la seconde moitié de 2025 a démontré la résilience des marchés face à l'escalade tarifaire de l'administration Trump. Si les droits de douane moyens pondérés des États-Unis ont atteint environ 24% en 2025 — le niveau le plus élevé depuis un siècle — leurs effets inflationnistes redoutés ne se sont pas matérialisés de façon brutale. L'inflation de la zone euro s'est établie à 2,1% en 2025, soit un retour proche de la cible de 2% de la BCE, déjouant les scénarios catastrophes envisagés.

En revanche, l'incertitude persiste. Les suspensions périodiques des droits de douane et les revirements incessants de l'administration Trump ont maintenu une pression constante sur les primes de risque. Cette instabilité institutionnelle — qui remet en question la gouvernance prédictible des principales démocraties — représente un facteur de risque systémique non moins important que les chocs de taux. Malgré tout le marché a choisi de plutôt s’en accommoder jusqu’à présent, considérant les phases de forte défiance comme autant de « points d’entrée » plus intéressants sur les actifs risqués, notamment sur les thématiques, chères à cette présidence, comme l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies.

Le tournant stratégique européen : défense, relance et résilience

L'Europe a connu une trajectoire radicalement différente. Après deux années de contraction (2023-2024), l'Allemagne a rompu avec sa doctrine d'austérité fiscale en mars 2025, en annonçant un programme d'investissements massifs : un fonds spécial de 500 milliards d'euros dédié aux infrastructures et à la transition bas carbone, complété par 100 milliards d'euros supplémentaires pour la défense. À cela s'ajoute le plan Readiness 2030 (ex-ReArm Europe) de la Commission, mobilisant jusqu'à 800 milliards d'euros pour le renforcement des capacités militaires de l'UE à horizon 2030.

Sur le plan énergétique, 2025 a marqué un infléchissement notable. Le baril de Brent s'est établi en moyenne à 68 dollars (contre 79,9 dollars en 2024), bénéficiant de trois facteurs : une augmentation de la production de l'OPEP+, l'émergence au second semestre d'espoirs diplomatiques en Ukraine avec des perspectives de levée partielle des sanctions russes, et une demande énergétique plus modérée en Europe.

Marchés financiers : un contraste saisissant entre géographies

Le bilan de 2025 sur les marchés financiers révèle des trajectoires contrastées selon les régions : les actions européennes (+16% pour le STOXX 600), portées par les valeurs allemandes (DAX +22%) et, plus généralement par les valeurs bancaires (+80%) et du secteur de la défense (+56%), ont surperformé les actions américaines (+16% en dollars, soit +3% en euros), toujours portées par les valeurs de l’IA, mais pénalisées par une forte appréciation de l’euro contre dollar.

Côté obligataire, les titres souverains européens affichent des performances atones (+0,3%) sur 2025, entravées par la hausse des taux allemands en anticipation de la relance budgétaire du pays. Le crédit (ie. les obligations d’entreprises privées) affiche des performances bien supérieures : +3,30% sur le segment Investment Grade (entreprises les mieux notées), +5,2% sur le segment High Yield (entreprises plus endettées et donc plus risqués) grâce à deux moteurs : le portage substantiel (3% à 4% environ) et un resserrement quasi continu des primes de crédit. Ces dernières s’établissent en fin d'année à des niveaux historiquement serrés sans dépasser toutefois les plus bas jamais enregistrés. Par ailleurs, elles continuent de bénéficier d'une demande soutenue des investisseurs dans un contexte de croissance européenne très favorable pour elles : ni trop haute (à même d’entrainer une remontée des taux d’Etat), ni trop basse (à même de faire remonter le niveau de ces primes de crédit).