Actualités du Comité éthique et DSE

18 septembre 2026

Intelligence artificielle, discernement actionnarial et finance guidée par la Doctrine sociale de l’Église (DSE)

Au cours de ses dernières réunions, le Comité éthique et DSE de Mandarine Gestion a poursuivi ses travaux sur plusieurs enjeux majeurs pour l'investissement responsable : le développement de l'intelligence artificielle, l'analyse de controverses d'entreprises et l'approfondissement des critères de discernement inspirés de la DSE. Ces réflexions contribuent directement à l'accompagnement des fonds guidés par la DSE, dont Proclero.

L’intelligence artificielle : un enjeu éthique majeur

L'intelligence artificielle a constitué le principal sujet de réflexion du comité au cours du premier semestre. Une étape préliminaire a consisté à élaborer une matrice de discernement destinée à évaluer les entreprises exposées à l'IA selon des critères inspirés de la Doctrine sociale de l'Église. Cette approche vise notamment à identifier les usages incompatibles avec la dignité humaine, tels que certaines formes de surveillance, de manipulation collective ou d'exploitation des personnes vulnérables.

Les travaux du comité ont ensuite été enrichis par l'intervention du Dr Grégoire Hinzelin, neurologue et observateur de longue date des évolutions liées à l'intelligence artificielle. Son analyse a permis de dépasser les seules considérations technologiques pour aborder les conséquences humaines et sociales de ces nouveaux outils.

Plusieurs points de vigilance ont été soulignés : le risque de considérer l'IA comme un substitut à l'intelligence humaine, l'isolement social pouvant résulter d'interactions croissantes avec les machines, ainsi que l'impact potentiel sur le travail et les relations humaines. Le comité a rappelé que l'intelligence artificielle peut constituer un outil précieux lorsqu'elle accompagne le jugement humain, mais qu'elle ne peut se substituer à la responsabilité morale de la personne. Une note valant avis du comité sera publiée sur ce sujet en octobre 2026.

Les enseignements de Magnifica Humanitas

Les réflexions du comité ont également été nourries par l'encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV. Le texte insiste sur une distinction fondamentale : l'intelligence artificielle traite des informations, tandis que l'intelligence humaine est capable de compréhension, de jugement moral et de liberté.

L'encyclique rappelle que la technologie n'est jamais neutre. Derrière chaque système d'intelligence artificielle se trouvent des concepteurs, des finalités et des choix de société. Pour l'investisseur guidé par la DSE, l'enjeu n'est donc pas seulement d'évaluer la performance économique d'une entreprise, mais aussi la manière dont elle oriente ses innovations au service du bien commun.

Le discernement actionnarial au cœur de la démarche

Les travaux du comité ont également porté sur plusieurs situations concrètes d'entreprises. Ainsi, une controverse concernant le groupe LVMH et sa filiale Sephora a conduit à une réflexion sur la protection des mineurs et les responsabilités des entreprises en matière de marketing et de santé publique. Plutôt qu'une logique d'exclusion a priori, le comité a privilégié une démarche d'engagement actionnarial afin de mieux comprendre le suivi de LVMH sur ce dossier et d'encourager l'adoption de pratiques plus responsables. 

Dans le même esprit, le comité a été amené à examiner le cas de Capgemini à la suite de controverses liées à l'utilisation de données personnelles dans le cadre de programmes de surveillance migratoire. Cette analyse illustre l'attention portée aux enjeux de dignité humaine et aux conséquences concrètes des technologies mises en œuvre par les entreprises.

Une finance fondée sur le discernement

Enfin, les membres du comité ont réaffirmé une conviction centrale : l'application de la Doctrine sociale de l'Église ne peut se résumer à la reproduction automatique d'indices ou à de simples exclusions sectorielles. Les débats autour des nouveaux indices catholiques développés par Morningstar et à l’initiative de l’IOR (« banque du Vatican ») ont conduit à rappeler l'importance d'un discernement actif, fondé sur l'analyse des situations concrètes, l'engagement actionnarial et la recherche du bien commun.

Pour Proclero, cette approche demeure au cœur de la démarche d'investissement : conjuguer rigueur financière, responsabilité éthique et vision de long terme, afin que le capital investi contribue réellement au service de la personne humaine et de la société.